Chemins de sel
Les yeux mi-clos, je distingue l'aube ou le bleu envahissant l'éclat de la neige. Tu voudrais que je parle, le puis-je? Si j'ouvre la bouche, reconnais-tu le son de ta descendance?

Je t'ai porté cette nuit à ta couche, dans tes langes, dans la couleur qui t'a fait. Ce qui coule dans ma gorge pourrait s'appeler descendance, cela s'appelle salive ou lait. Ce qui court dans mes veines pourrait te rejoindre, t'abattre, t'attaquer. Cela le fait dans tes rêves les plus certains.

Là dans la forêt, quand ce bleu de neige devient encore plus dense, lorsque le froid s'épanouit, je peux marcher de la fin du jour au début de l'aube en te portant, toi qui ne parleras pas, que je n'entendrai pas.

Chemins de Sel, Editions les herbes rouges. Tous les textes: Copyright Claude Paré et les Éditions les herbes rouges. Toute reproduction interdite sans autorisation.