Le monde de la littérature québécoise est ample et vaste

Le monde de la littérature québécoise est ample, vaste et il a une histoire. Les médias de masse, et les journaux en particulier, parlent de littérature québécoise mais ils donnent un espace souvent plus grand aux productions françaises. Il est de même pour Radio-Canada. Certains trouveront cette attitude normale, cependant elle ne l’est pas. Il serait plus que normal que les médias québécois laissent toujours la première place aux productions littéraires d’ici. L’accroissement de la production littéraire québécoise nécessite une couverture plus ample de ses manifestations.

Le peu d’attention portée à la littérature québécoise n’a pas son équivalent pour la chanson, le théâtre. Une des raisons de cette différence d’attitude est que le théâtre et la chanson sont des arts de représentation qui sont en état de quasi-monopole dans nos salles de spectacles. Dès que les médias de masse ont affaire à un bien plus facilement exportables, comme le livre ou le cinéma, les données changent et l’attitude des médias également. C’est dire que la couverture des médias est avant tout modelée par les impératifs du marché.

La littérature québécoise pourrait se tailler une meilleurs place dans nos librairies si elle était mieux représentée dans nos médias de masse. La place de Radio-Canada dans cet effort est central, parce que la mission de cette société est de représenter et de promouvoir la culture canadienne et québécoise. Or dans les domaines de la peinture, de la littérature et dans la plupart des domaines artistiques qui ne disposent pas d’un marché important, la société d’état ne fait pas sa part. Elle ne réussit pas à représenter ce qui se passe en littérature québécoise, ou dans les arts québécois en général; bien plus, cette représentation est montréalocentriste et délaisse de façon scandaleuse toute la culture régionale québécoise et la culture francophone hors-Québec, sauf évidemment la culture française.

C’est pour cette raison que je suis allé manifester dimanche devant Radio-Canada, et c’est pour cette raison également que le documentaire sur Jacques Ferron est diffusée à Radio-Québec et non à Radio-Canada. Et pourtant… beaucoup d’écrivains québécois mériteraient une heure consacrée à leur œuvre, à leur vie. Radio-Canada se targue de jouer un rôle culturel mais ce rôle elle l’élime dans des productions telle LA FUREUR. Au lieu de construire avec ses auditeurs et les créateurs de l’art et de la culture québécoise une histoire originale de cette culture, elle préfère nous donner à voir et à entendre des capsules de consommation culturelle du télé-journal. Pour Radio-Canada, la culture est essentiellement le tout et le rien des habitudes de vie des habitants de Montréal et ce qu’ils consomment après cinq heures, y compris les émissions de Radio-Canada. C’est pourquoi, pour cette société, diffuser une émission comme La Petite Vie est un acte culturel plus important que de produire et diffuser une émission sur un poète capital comme…. Gaston Miron. Il serait inutile de souligner que cette attitude est aussi politique. Là ou le bat blesse cependant c’est que cette maison est plus soucieuse de sa survie et des ses cotes d’écoute que de la vie de la culture qui rend possible son existence, ne serait-ce que la culture canadienne-française dans son ensemble. C’est pour cette raison qu’elle manque à sa mission nationale, au sens canadien du terme.

Incapable de représenter la profondeur historique de la littérature québécoise ou canadienne elle ne fait pas mieux dans la couverture de l’actualité de ce que l’on appelle le livre. C’est ainsi que notre Homier-Roy nous serinera le plus souvent des livres français ou les traductions américaines des éditeurs français en nous mentionnant bien évidemment qu’il a pris son pied. Il ne pourra nous parler, pas plus que les autres de sa maisonnée, de cet aspect national de notre culture (Canadienne) que sont les prix littéraires du Gouverneur Général du Canada. Il n’est pas plus de la mission de ces chroniqueurs ( ce n’est sûrement pas de sa compétence) ou de Radio-Canada de s’étendre sur ce sujet. Pas plus d’ailleurs qu’il est possible pour la personne qui parle de livres à Indicatif Présent de nous entretenir de poésie québécoise de façon décente. Les poètes ne font pas partie des blockbusters culturels de la société d’état. La couverture littéraire de Radio-Canada est une couverture rapiécée et effilochée digne de son Séraphin. C’est d’ailleurs pour notre chiche Radio-Canada, l’œuvre phare et emblématique de notre littérature. Elle l’a sans fin couverte, découverte et réouverte.

Mais trêve de remontrance. La littérature québécoise toute entière est suffisamment riche pour mériter des débats dans le domaine de l’essai, des critiques soignées et diversifiés au niveau de la littérature de fiction. Elle fait partie d’assez d’évènements régionaux, nationaux ou internationaux pour susciter des reportages diversifiés. Elle prend assez de formes pour donner à qui le veut vraiment des idées d’émissions originales. Et surtout, elle a assez de profondeur historique pour mériter au moins 10 documentaires majeurs par an sur des écrivains du Québec et du Canada. Ça coûte trop cher? Mais diffuser un documentaire sur Radio-Québec coûte-t-il plus cher que de le diffuser à Radio-Canada? Si Radio-Canada veut continuer à vivre de la culture qui l’environne et à justifier son existence il faudra qu’elle fasse plus que de donner une image superficielle de cette culture. Et si les côtes d’écoute ne sont pas au rendez-vous, elle pourra se consoler auprès du président de son conseil d’administration. Il n’est pas du ressort des écrivains de produire ou penser une émission télévisuelle littéraire. Ils ne sont pas qu’à chialer et à écrire, évidemment.

Messieurs de Radio-Canada, vous avez un travail culturel et artistique à faire. Pour ce qui est des écrivains, nul doute que leur salaire ne sera pas comparable ni à vos réalisateurs, à vos techniciens, à vos relationnistes, etc … . Nous avons fait notre part, à vous de jouer.

Lettre expédiée à la suite de la manifestation de l'UNEQ devant Radio-Canada